Carapace

Fut un temps où je modelais toutes sortes d’animaux : escargot, tortue, lion au repos baillant aux corneilles… mais aussi des maisons abandonnées transpercées par la végétation…

15 ans plus tard, je distingue un point commun à toutes ces créations : chacune symbolise à sa façon la lenteur, le repos et la patience. Une quasi immobilité. Je dis bien « quasi » parce que même si le temps paraît parfois s’arrêter, l’univers et toutes ses planètes et étoiles se déplacent – et nous avec – à la vitesse grand V sans même que l’on ne s’en aperçoive.

🐢 J’ai retrouvé la tortue verte chez mes amis de 20 ans, trônant à une belle place sur le rebord du lavabo dans une jolie salle de bain. Entourée de ce qui fait la vie d’une famille : boîte à élastiques, savon et dentifrice.

Je l’ai trouvée belle, avec son œil central sur la carapace. D’un air de dire « je te vois ». On en a traversé du temps elle et moi et on s’est bel et bien retrouvées là, toutes les 2, dans cette salle de bain à l’autre bout de la France. Face au miroir. Une lumière douce du matin baignant les murs blanc, au royaume du face à face avec soi même.

Je me suis regardée. Contrairement à elle, j’ai pris quelques rides aux coins des yeux et des cheveux blancs dans la frange, mais ma carapace me paraît moins lourde à porter qu’elle.

Et que celle que je portais moi même à l’époque où je l’ai modelée 🙌

(Sculptures en terre émaillées – époque atelier de Stratos Focadelis – Paris 18)

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