Le syndrome du porc-épic (chapitre 1)

Paris, les Abbesses

Trouver un nid douillet pour me lover sous la couette et nous extraire un peu du monde, mon fidèle chat et moi, voilà mon but au moment où je visite un tout petit appartement à Montmartre avec vue sur une cour pavée et… un grand et bel arbre ! Je m’y sens tout de suite chez moi. L’agent immobilier, une jeune femme fraîchement divorcée elle aussi, me fait tout de suite confiance. Il est à moi. Ma convalescence affective peut commencer.

J’accroche quelques photos au mur, installe mes bouquins, mon piano, m’inscris à un atelier de céramique et prends un abonnement chez ma psy. Mais je me mets surtout à écrire. Dans des carnets, sur mon blog et mes réseaux sociaux.

Souvent, trop souvent, je me réfugie derrière mon écran. Et plus je plonge dans cet océan d’images, plus j’ai peur de m’y noyer.

Qu’est-ce qui nous fait bloguer, instagramer, twitter, snaper ? Qu’est-ce qui nous pousse à nous munir de ce haut-parleur virtuel pour exprimer haut et fort nos pensées les plus profondes, montrer sans pudeur nos familles, nos looks et nos décos, à une foule d’inconnus invisibles ? Pourquoi l’attente des « j’aime », des sourires, des compliments, des mercis, du réconfort, de la connivence ? Matin, midi, soir. Pause café. Pause pipi. Insomnie. Plus j’y participe, plus je voudrais comprendre cette quête d’humanité dans le monde virtuel.

Et puis un jour, quelqu’un éclaire ma lanterne.

« Avez-vous déjà entendu parler de la théorie du porc-épic ? », me demande un psychologue spécialiste des réseaux sociaux, au détour de l’écriture d’un article. « Il s’agit d’une théorie exposée par le philosophe Shopenhauer selon laquelle les rapports sociaux entre les Hommes seraient de la même nature que ceux d’un troupeau de porc-épics réunis pour se prémunir de la gelée lors d’une froide journée d’hiver. En groupe trop serré, ils se font souffrir mutuellement à cause de leurs piquants. Trop éloignés, ils grelottent de froid. Jusqu’à ce qu’ils finissent par trouver la distance moyenne leur rendant la situation supportable. De la même façon, le besoin de société chez les Hommes, né de leur propre vide intérieur, les pousseraient les uns vers les autres. Mais leurs insupportables défauts les disperseraient à nouveau. La distance moyenne supportable, grâce à laquelle la vie en commun deviendrait possible, serait ce que l’on appelle la politesse et les belles manières. »

La politesse et les belles manières… Cette distance parfaite pour éviter à la fois de souffrir du froid et de se faire piquer brutalement par les autres. Et si ces calories affectives virtuelles diffusées à travers nos écrans étaient au fond ce qui nous permet, lorsque l’on s’est trop fait piquer (ou par crainte de l’être), de ne pas trop grelotter affectivement…

Vous avez deux heures. Moi, je rentre vite me lover au chaud sous la couette.

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